" A un degré ou à un autre, les sociétés de l'Himalaya et du Tibet considèrent que les hommes sont inégaux à la naissance et doivent se comporter en conséquence. Chez les tribus tibéto-birmanes, la hiérarchie est assez simple et ses implications limitées : on y reconnaît des groupes de clans fondateurs, qui possèdent des droits particuliers sur le sol et refusent leurs filles en mariage aux autres familles. Au Tibet, les frontières sont plus rigides et la société plus marquée - à commencer par la langue qui possède des termes différents selon à qui l'on s'adresse. Un peu comme dans la société féodale, chacun relève d'une strate correspondant à son statut vis-à-vis de la terre. Et tout en bas, certaines professions valent aux intéressés un profond mépris, notamment celles de musicien et de forgeron. En ce qui concerne ce dernier, on refuse de partager son repas ou même de boire un verre à sa table ; il ne peut devenir moine ; et bien sûr, qui peut imaginer en faire son gendre. Dans le monde hindou, le raffinement et le poids du système hiérarchique atteignent des summums. Un principe simple : l'opposition entre la pureté et l'impureté, qui permet de distinguer les castes. Une obsession consiste à se préserver de la souillure, dont un des véhicules privilégiés est l'eau. On refuse les aliments bouillis (riz) par quelqu'un d'une caste inférieure à la sienne, comme on refuse l'eau offerte ou touchée par les castes les plus basses : forgerons, balayeurs, tailleurs. Même si ces règles se relâchent ces dernières années, que ce soit chez les tibéto-birmans et les hindous, elles demeurent une réalité quotidienne. "

(" Le petit futé - Himalaya " , nouvelles éditions de l'université)