" Chaque matin, je me mets à l'écoute (de la radio,ndlr) et m'étonne que l'on accorde tant d'importance à des choses qui, au fond, n'en ont guère. Peu me chaut, en définitive, qu'un avion développe une puissance supérieure à celle de tel autre appareil ou que tel bateau ait mis 2 minutes de moins que son rival à traverser l'Atlantique. Tout dépend du point de vue auquel on se place. Ici, le galop du yak est toujours synonyme de rapidité ; depuis des siècles, la norme n'a pas changé. Les tibétains seraient-ils plus heureux si l'automobile détrônait le yak ? Même si l'ouverture d'une route venant de la frontière hindoue contribuait à élever le niveau de vie de la population, l'irruption de nouvelles conceptions porterait un coup fatal à la tranquillité et au bonheur des tibétains. Pourquoi imposer à un peuple des coutumes qu'il est incapable de comprendre et d'assimiler ? Un proverbe Lhassapa dit : " on ne parvient pas au cinquième étage du Potala sans avoir commencé par le rez-de-chaussée. " La civilisation et le mode de vie des tibétains valent bien le progrès technique dont nous sommes si fiers ! Existe-t-il, en Europe ou en Amérique, un pays où la politesse soit aussi raffinée que sur le toit du monde ? "

(" 7 ans au Tibet " de Heinrich Harrer, éditions Arthaud - écrit en 1952, traduit en français en 1983)