" Comme le porche de nos cathédrales, celui des temples tibétains est le terrain de chasse des mendiants : l'homme qui s'apprête à faire ses dévotions est plus que tout autre accessible à la pitié. Lorsque le gouvernement me chargea d'édifier les digues destinées à mettre le palais d'été à l'abri des inondations, le police procéda à une razzia générale des mendiants de Lhasa. Sur 1000 indigents, 750 furent jugés aptes au maniement de la pioche et de la pelle ; on leur promit un salaire égal à celui des autres ouvriers, ainsi que la gratuité des repas. Le lendemain, la moitié seulement se présentèrent sur le chantier ; 3 jours plus tard, les autres avaient disparu. La tentative se soldait par un échec. Inutile de chercher bien loin les raisons de cet état de chose : ces gens-là sont paresseux et entendent le rester. Leur raisonnement est le suivant : une piécette de cuivre et une poignée de Tsampa me suffisent et pour les obtenir, je n'ai qu'à tendre la main. Dans ces conditions, pourquoi travaillerais-je ? "
(" 7 ans au Tibet " de Heinrich Harrer, éditions Arthaud - écrit en 1952, traduit en français en 1983)