" Le bouddhisme se présente, dans sa forme primitive du moins, comme une doctrine de la délivrance réservée à une élite. Il est fondé, en effet, sur des exigences morales et intellectuelles très élevées et il ne fait jamais appel aux émotions pour convaincre d'éventuels adeptes. L'enseignement du bouddhisme a pour prémisse l'examen approfondi des conditions d'existence des êtres vivants. Cet examen aboutit à la prise de conscience de la souffrance et de l'insatisfaction qui caractérisent la vie. Une grande partie de la doctrine a en effet pour objet la description détaillée de la condition foncièrement douloureuse et insatisfaisante de toute forme d'existence. Condamné par les limites de sa puissance et de sa liberté, l'être vivant est contraint de faire nécessairement, au cours de sa vie, l'expérience de situations pénibles qu'il n'a pas souhaitées. Les formes les plus évidentes de situations indésirables auxquelles on ne peut échapper sont la maladie, la vieillesse et la mort. Ce qu'il désire, en revanche, l'être vivant ne l'obtient le plus souvent pas et en ressent une cruelle frustration. Même lorsqu'il parvient à réaliser ses désirs, il se lasse et se tourne, insatisfait, vers d'autres horizons qui ne lui procureront, au mieux, qu'un bonheur passager. L'état prolongé de satisfaction qu'il recherche, rien ne pourra le produire, parce que rien dans le monde n'est durable. Pour le bouddhisme, en effet, l'univers entiers est soumis à la loi de l'impermanence. Le monde et les êtres sont éphémères ; tout change d'instant en instant ; il n'est rien dont l'existence soit garantie au-delà du moment présent. Si tout être est mortel, donc impermanent, il ne le devient pas juste avant sa mort, mais il l'est dès sa naissance. A peine est-il mis au monde qu'il évolue et se transforme irrémédiablement. Tous les enseignements du Bouddha n'ont qu'un seul but : libérer l'être de la souffrance en lui montrant le chemin qui mène à un bonheur inaltérable. Cependant, pour atteindre le bonheur, il faut abolir la souffrance. Et la suppression de celle-ci dépend de la découverte des causes qui l'ont produite. L'apparition de la souffrance procède de la loi de la causalité et de la rétribution appelée " karman ". Selon cette loi, tout acte volontaire porte nécessairement tôt ou tard un fruit. Celui-ci est agréable s'il est produit par une action vertueuse, et désagréable s'il est issu d'une action non vertueuse. Cependant, l'origine de la souffrance réside moins dans l'acte lui-même que dans l'intention et l'attitude qui le motivent. Or l'intention et l'attitude qui entraînent une action non vertueuse provient de l'ignorance. Celle-ci est donc l'origine de toute souffrance (…) "

(" Ladakh-Zanskar ", de Charles Genoud et Philippe Chabloz ; édition guides Olizane aventure - 1999)