Fuir le Tibet
Paroles d'un jeune moine anonyme, de retour au Tibet après 3 ans d'exil clandestin.
" Partir, nous dit-il, n 'est pas difficile. Il y a, cette nuit, 6 tibétains qui sont en train de passer au Népal en contournant la montagne. Ils viennent à Zangmu, comme n'importe qui et là, ils rencontrent des passeurs népalais qui organisent leur départ. Il suffit d'une nuit, à partir de là, pour fuir à travers la forêt. "
Je lui demande si c'est un sacrifice pour lui de partir, de quitter sa famille peut-être pour toujours ? Il me répond que c'est un choix, une volonté d'apprendre le bouddhisme telle que le Dalaï Lama peut l'enseigner, une liberté de penser et d'évoluer dans la voie qu'il a choisie.
Le bouddhisme selon le Dalaï Lama
Il nous explique qu'en 2 ans et demi, il a appris 36 règles qui lui permettent
d'être moine. Il y a différents degrés dans la religion
bouddhiste et à chaque fois, de nouvelles règles à apprendre.
Mais " apprendre " n'a pas le même sens pour eux que pour nous
lorsque nous devons retenir des leçons de grammaire ou de mathématiques.
La définition est beaucoup plus complexe : il s'agit véritablement
d'intégrer un concept, d'être intimement persuadé qu'il
est vrai et nécessaire à la croissance de l'esprit.
Les 5 règles principales sont pour le Bouddhiste :
- ne pas mentir
- ne pas dire plus que ce que l'on sait
- ne pas voler
- ne pas tuer quelque forme de vie que ce soit (ce qui inclut un respect énorme
pour toute forme de vie animale)
- ne pas trahir sa femme ou son mari lorsqu'on est marié.
Comment le Tibet en est arrivé là
Je veux comprendre ce que j'ai vu chaque jour au Tibet : pourquoi n'avons nous
pas pu avoir un seul échange avec les enfants ? Pourquoi tous nos efforts
pour parler ou jouer avec eux se sont soldés par des mains tendues et
la même phrase répétée inlassablement " give
me money " ? C'est alors qu'il nous raconte une brève histoire du
Tibet :
" Au siècle dernier, le pouvoir au Tibet était détenu
par les nobles et les monastères. Les uns, de par leur rang, avaient
le privilège de pouvoir aller à l'école, de s'instruire
et ainsi, de pouvoir gouverner un peuple illettré. Les moines détenaient
eux, le pouvoir religieux et tout un savoir qu'ils se transmettaient de génération
en génération. Le peuple n'avait pas accès à la
connaissance : il n'y avait pas d'école pour eux. Tout ce qu'ils savaient
est qu'ils devaient travailler pour vivre ; aux champs ou à garder les
bêtes.
Le treizième Dalaï Lama a voulu réformer tout ça en
créant une école publique pour instruire tous les enfants tibétains
. Il subit beaucoup de pressions pour lui faire renoncer à son projet
: de la part des nobles, d'une part, qui voulaient conserver le monopole de
l'éducation et du pouvoir, et de la part des moines qui craignaient qu'en
en sachant trop, les esprits se disperseraient et intégreraient des modes
de pensées différents de ceux inculqués par le bouddhisme
; comme par exemple la culture occidentale, qui était pour eux une perversion.
Le treizième Dalaï Lama eu beaucoup de mal à défendre
son projet et, lorsqu'il mourut, cette " révolution culturelle "
disparut avec lui.
Vint ensuite le quatorzième Dalaï Lama qui n'eut pas le temps de
poursuivre l'uvre de son incarnation précédente avant que
le Tibet soit envahi.
Les chinois ont fait beaucoup de mal. Ils ont tué des centaines de milliers
de tibétains, détruit des monastères et des villages, emprisonné
et condamné des tibétains aux travaux forcés, sans parler
des tortures et des avortements forcés. Ils ont exploité le sol
à outrance, détruit des forêts etc. Mais ils ont apporté
l'école pour tout le monde. Jusqu'à 12 ans, l'école est
réellement accessible pour tous les tibétains. Ensuite, pour le
secondaire, les cours sont exclusivement en chinois et rares sont les petits
tibétains qui parviennent à suivre. Pourtant, très peu
d'enfants " du pays " vont à l'école parce que leurs
parents n'y sont pas allés et qu'ils n'en voient pas l'utilité.
Ils sont très pauvres et il faut travailler aux champs ou avec les troupeaux
pour vivre. Mais ils voient aussi la vie évoluer autour d'eux, ce qui
n'était pas le cas avant. Une certaine société de consommation
est apparue, même dans les villages et avec elle, de nouveaux besoins,
des envies. Ils voient l'argent circuler autour d'eux mais ils ne savent pas
comment le gagner " intelligemment ", puisqu'ils n'ont jamais été
à l'école, qu'ils ne savent ni lire ni compter, ni monter un "
projet ". Alors, ils tendent la main vers l'argent facile : celui des occidentaux,
et les parents apprennent à leurs enfants que c'est comme ça qu'on
obtient de l'argent. "
Lorsque les Chinois sont arrivés
L'hégémonie du pouvoir des nobles a causé la perte du Tibet.
Le jeune moine nous explique alors ce qui s'est passé lorsque les chinois
sont arrivés pour prendre le Tibet :
" Ils sont arrivés par Chengdu, à la frontière du
Tibet et de la Chine. Les tibétains se sont battus et ont perdu. L'alarme
a été donnée à Lhasa par télégraphe.
La personne qui reçu le message s'empressa de le faire savoir aux autorités,
donc aux nobles. Mais ces derniers, à ce moment-là, étaient
en pleine fête et celui qui reçut le message donna l'ordre d'étouffer
l'affaire jusqu'au lendemain. Lorsque les chinois arrivèrent à
Lhasa, il n'y avait aucune force pour les arrêter et le pouvoir est tombé.
"