Parole rapportée d'un jeune népalais

Rencontre avec un gamin de Katmandou ou l'illusion de la richesse démesurée des touristes.

Nous rencontrons ce jeune garçon sur une place, en pleine partie de foot avec ses camarades. C'est lui qui, spontanément est venu engager la conversation avec nous. Il parle bien anglais. La discussion s'engage facilement car il n'essaie pas, au bout de 2 mots, de nous vendre quelque chose ou de nous demander une pièce.

Il a 15 ans et prétend connaître toutes les capitales du monde ! Comme il nous le demande, nous l'interrogeons et, effectivement, il est très fort. Il nous pose à son tour des questions sur notre pays "vainqueur de la coupe du monde de football " ! Il fait partie d'une équipe, lui aussi et il aime ça. Par contre, il ne va plus à l'école depuis l'âge de 9 ans, parce qu'il n'aime pas et que de toutes façons, c'est trop cher…
Pourtant, il a appris toutes les capitales du monde et surtout l'anglais qu'il parle plutôt bien… Il aurait certainement été un bon élève.

Il entreprend alors de nous expliquer la signification de tout ce que nous voyons sur la place. Il nous fait visiter le temple et nous propose de nous emmener vers celui qui domine la ville. Je crains qu'il nous demande de l'argent et lui pose donc d'emblée la question. Il nous assure qu'il ne veut pas d'argent, qu'il n'aime pas rendre service pour de l'argent.
Il nous escorte donc à travers les rues de Katmandou et, lorsqu'il est temps de nous quitter, nous lui redemandons s'il veut quelque chose pour sa visite guidée. Il affirme qu'il ne veut rien, alors nous lui proposons de venir manger avec nous. Il n'accepte pas tout de suite mais finit par esquisser un sourire en haussant les épaules, l'air de dire " pourquoi pas ? ! ". Mais en redescendant, il semble réfléchir et finit par nous faire une requête en s'excusant 1000 fois et en nous demandant de ne pas être fâchés :
Il voudrait savoir si, au lieu d'un repas, nous pouvons lui offrir du lait et du café pour sa petite sœur. Bien sûr, nous pouvons…

Ce que nous ne pouvons pas imaginer par contre, c'est combien coûte le lait (en poudre) et le café à Katmandou : ce sont des denrées importées et donc très chères : 350 roupies pour le lait et 900 roupies pour le café. Il nous demande même s'il peut en prendre 2 boîtes, ce qui représente 2500 roupies soit 250 francs ! Nous étions prêts à lui payer un bon repas pour 150 roupies. Nous lui expliquons que c'est extrêmement cher. Il doit bien le savoir puisque le revenu moyen au Népal n'excède pas 5000 roupies par mois.
Bien sûr, ici, nous sommes riches, mais nous ne pouvons pas nous permettre de distribuer aussi généreusement cet argent qui leur semble tombé du ciel… Ce gamin ne comprend réellement pas pourquoi nous lui refusons ces boîtes. Nous lui expliquons qu'avec une telle somme, nous mangeons tous les deux pendant une semaine en France… Mais cet argument ne le convainc pas. Nous sommes déboussolés par cette histoire autant que lui est déçu. Nous lui laissons 200 roupies. C'est une belle récompense mais c'est pourtant sur un sentiment mutuel de frustration que nous nous quittons …

3 semaines plus tard, après notre séjour au Tibet, nous l'avons retrouvé et lui avons laissé toutes les provisions de riz et de pâtes que nous n'avons pas utilisées. Il avait l'air content. Nous nous sommes réconciliés.