Le Tibet vu pendant 2 ans par un jeune français, en 97 et 98
Après avoir passé 2 ans au Tibet, un jeune français s'exprime Voici ici quelques paroles rapportées de sa lettre ouverte sur internet.
Vivre au Tibet
Le Tibet est une prison. Le Tibet historique a une superficie de 3 500 000 kms
² (7 fois la France) Une prison de la taille de l'Europe occidentale !
6 millions de prisonniers. Essayons de les libérer.
Je m'appelle " Freedom Fighter ", je viens de passer 2 ans au Tibet.
Je suis arrivé fin 1995.
Je vais vous parler de ce que j'ai vécu , c'est un devoir pour moi.
Je souhaite commencer en pensant quelques instants à tous les prisonniers
chinois. Ils sont 3 fois plus nombreux que les tibétains. La Chine est
une prison. Une prison pour les âmes.
Je vais décrire les atteintes aux droit de l'homme et de la femme :
Au niveau santé, rééducation du clergé, des loisirs,
de la culture en général, architecture. Tout ce que vous lisez
est vrai. J'en ai les preuves.
La prostitution et la débauche au Tibet
Aujourd'hui la capitale du Tibet, Lhasa, la Terre des Dieux est devenue la Terre
des Putes. Le plus grand bordel du monde par rapport à la population.
A Bangkok, il y a des rues sans pute. Pas à Lhassa.
(
)
Les prostituées chinoises sont subventionnées par le gouvernement
chinois pour venir au Tibet (transport gratuit ou peu onéreux).
Les premiers cas de séropositivité ont été détectés
en octobre 1997. Le HIV est au Tibet. Les tibétains n'utilisent pas de
capote. Il y a 2 ans on enseignait à l'école de médecine
tibétaine que le SIDA venait des étrangers. Le fléau n'est
pas connu là haut, l'information n'est pas passée.
(
)
Le gouvernement laisse les prostituées chinoises contaminer les tibétains
et les militaires chinois. (
)
Les " molas " , les grand-mères, longent les bordels tôt
le matin quand les prostituées dorment. Elles les longent aussi la journée
quand les prostituées tricotent. Sans comprendre, elles marchent et se
prosternent devant le Potala.
Devant le Potala, il y a la plus grande discothèque de Lhassa avec des
madonas chinoises et des perruques vertes à moitié à poil
(les madonas, pas les perruques). Les discothèques sont remplies de chinois
et de quelques stupides touristes et stupides membres d'organisations non gouvernementales.
Dans l'ancienne rue qui va au Holliday Inn, qui a dû fermer à cause
d'une menace de boycott, il y a le bowling et une autre discothèque où
dansent des travestis chinois. Elles sont mignonnes
Dans 10 ans, 40 % des tibétains contaminés mourront du SIDA. Si
vous allez à Lhassa, apportez des capotes. Dans 20 ans, 1 million de
tibétains seront morts du SIDA. J'espère me tromper.
(
)
Le non-respect de la religion
Les tibétains qui visitent le Potala (où il y a des caméras
partout) vont dans un sens. Dans le sens de la visite. Les chinois et autres
touristes visitent dans un autre sens. Pour emmerder les tibétains, pour
leur montrer le peu de respect qu'ils ont pour le Tibet.
A l'entrée de chaque monastère aux alentours de Lhassa, à
Shigatsé, à Gyantsé, il y a une plaque qui rappelle que
les monastères sont des unités de travail comme les autres. Donc
ils ne peuvent pas prier le dimanche.
(
)
Les Lamas ne peuvent plus donner d'enseignements. Il y a de la rééducation
politique dans tous les monastères depuis 3 ans. Dans chaque ville importante
du Tibet, il y a un chargé des affaires religieuses. Tout est contrôlé
par les chinois.
Le Tibet chinois
Devant le Jokhang, le temple le plus sacré, il y avait une grande banderole
en juin 1997 pour souhaiter un bon retour dans la mère patrie à
Hongkong.
Ne me traitez pas de raciste, car j'ai manifesté après minuit
le 1er juillet à Hongkong. En Chine, avec des chinois, pour le Tibet,
pour la liberté, pour la Chine.
Les " droits de l'homme "
Au Tibet, pendant que M.C(
) dit que les droits de l'homme sont universels,
mais qu'ils peuvent s'interpréter de différentes manières
selon les cultures, des femmes sont empalées vivantes dans les prisons.
Oui, vous lisez bien : un bâton dans l'anus. Si elles mentent au cours
de l'interrogatoire : on l'enfonce.
Les chinois ont mis des matraques électriques dans le vagin des nonnes,
coupé des mamelons
Il y a un musée des droits de l'homme au Tibet. Je sais où il
se situe. Les chinois ont tué des gens en Chine sans les toucher. Ils
les mettent sous une cloche et font sonner. Après une semaine, tous les
os sont brisés : c'est la mort.
Le Tibet est un bordel, une immense prison, une immense caserne. Les chinois
arrivent la nuit. Ils représentent 80 % de la population du Tibet historique,
le vrai Tibet, le grand Tibet. Celui qui est grand comme l'Europe occidentale.
Tout Lhassa est entouré de prisons. Les canons sont pointés en
direction de la ville. Du haut des montagnes qui surplombent Lhassa on peut
les apercevoir.
Les chinois disent qu'ils représentent 10 % de la population du Tibet.
La première chose que l'on voit quand on arrive à Lhassa, c'est
une caserne. Avant d'apercevoir le Potala, on voit une caserne avec des châteaux
d'eau bleus et blancs.
Au Tibet, on prononce les sentences en public. Des gyrophares, des sirènes
suivent le cortège de camions avec des prisonniers et des militaires
qui font une démonstration de leur force en fixant les passants de chaque
côté de la rue, la mitraillette pointée sur la foule, le
fusil bien droit. Ils effectuent le tour de la ville, j'ai des photos.
Les exécutions sont publiques aussi. Elles ont lieu à la sortie
de Lhassa dans un enclos, deux virages avant le Bouddha sculpté dans
la pierre sur la route de l'aéroport dans le flanc de la colline. L'été
les touristes s'arrêtent et prennent en photo le Bouddha sans se douter
ce qu'il se passe à 500 mètres.
(
)
La méfiance
Au Tibet, les parents n'osent plus parler à leurs propres enfants de
certaines choses. Tout le monde se méfie de tout le monde. Il y a des
espions partout. Les manifs durent une minute seulement. La ville est quadrillée.
Il y a des caméras sur les toits qui surveillent.
Allez voir vous-même et apportez des capotes. Apportez aussi des photos
du Dalaï Lama, je sais à qui les donner.
L'éducation
En ce qui concerne l'éducation, je ne suis pas le mieux placé
pour en parler mais je sais :
- Que les enfants ne peuvent plus porter d'habits tibétains à
l'école.
- Que le chinois est la première langue en primaire, la seule dans le
secondaire.
- Que les enfants ont des survêtements uniformes à Lhassa.
- Que les professeurs reçoivent entre 3 et 6 mois de formation contrôlée,
tout est contrôlé.
- Que les écoliers doivent composer des rédactions contre le Dalaï
Lama.
- Qu'ils paradent dans la cour de récréation et dans les rues
avec des drapeaux rouges.
- Qu'ils doivent amener leur chaise, leur table, réparer les carreaux
des vitres des salles de classes s'ils sont cassés.
S'ils n'ont pas la carte d'identité de Lhassa, ils ne peuvent pas s'inscrire
dans les collèges. A moins de payer, payer, payer
L'argent est
roi, la corruption fait rage.
C'est un véritable génocide culturel. Tout ce qui a trait à
la culture est sinisé .
(
)
Les jeunes écoliers dessinent d'un trait averti la calligraphie chinoise
le soir à la maison. Ils savent que de leur connaissance de la langue
de Mao et de leur application à reproduire les milliers de signes chinois
dépend leur avenir dans le Tibet chinois. Des centaines de jeunes tibétains
sont ainsi envoyés, chaque année, se former en Chine pendant des
années à la médecine, la littérature, les langues
pour les stupides touristes. Ils reviennent avec un il, une oreille sinisée.
Ils ne peuvent plus écrire le tibétain, s'exprime mieux en chinois.
Qu'est ce qui représente le plus une culture que sa langue ?
Les soins
Au Tibet, on stérilise de force les femmes. J'en ai la preuve.
Un " village doctor " touche 24 FF par mois. Par contre, il faut un
minimum de 750 FF pour mettre un pied à l'hôpital : " le city
hospital ".
Les paysans le savent, restent chez eux, meurent, car ils n'ont pas cette somme.
(
)
Il n'y a aucune éthique médicale au Tibet. Les chirurgiens s'entraînent
parfois sur des tibétains.
Si un tibétain n'a pas d'argent et qu'il tombe malade, il est mal barré.
Et comme les tibétains sont pauvres, la situation est difficile.
Il y a 4 hôpitaux à Lhassa :
Le City hospital : caution de 750 F pour les hospitalisations.
Le Regional hospital : caution de 1500 F
L'hôpital des maladies infectieuses : 2250 F de caution.
Et un hôpital de médecine tibétaine ; je ne connais pas
le prix.
Pas de caution = pas d'hospitalisation = mort parfois.
Les gens le savent et ne se déplacent même plus. Ils savent qu'ils
seront refoulés. Ils meurent. A 10 ans, 20, 30 ,60 ans. L'espérance
de vie est à mon avis de 54 ans. Les femmes de la campagne accouchent
sur la paille , seules, près des animaux. Pas d'accoucheuse traditionnelle.
La mortalité est importante (infantile comme maternelle).
Il y a des campagnes de stérilisations forcées ou conseillées.
Des femmes racontent que dans le village régnait une odeur fétide
de ftus jetés dans les toilettes. Si elles ne venaient pas, on
emprisonnait leur mari.
(
)
Dans chaque village il y a une " women federation " qui contrôle
, réprime, mais ne fait pas de promotion en faveur de la vie, ou si peu.
Jamais je n'ai vu un tel déploiement de méthodes contraceptives
au monde. Les femmes ont le droit d'avoir 3 enfants dans les campagnes, 2 à
Lhassa et 1 si elles travaillent pour le gouvernement. Elles doivent donner
le bon exemple. Si elles dérogent à la règle : amende de
400 francs. Les enfants en sus ne sont pas enregistrés et ne peuvent
obtenir aucun poste de fonctionnaire.
(
)
Aujourd'hui encore, on brûle des offrandes au Tibet pour que la fumée
chasse les mauvais esprits. On consulte un Lama qui priera pendant 2 heures
pour soigner un abcès dentaire. Rarement l'amji (le docteur) sera appelé
dans la maison où un enfant malade souffre, de peur qu'il amène
avec lui des mauvais esprits
l'enfant guérira seul ou ne guérira
pas.
Connaître le Tibet ?
Je connais un peu le Tibet.
Un peu car je ne parle pas couramment leur langue. Alexandra David Néel
dit qu'il faut avoir passé 10 ans dans un pays autre que le sien pour
en parler. Qu'elle me pardonne. A l'époque où elle y était,
les écoliers n'étaient pas obligés d'écrire des
rédactions contre le Dalaï Lama et d'apprendre le chinois. Aujourd'hui,
si un tibétain ne parle pas chinois à Lhassa il peut difficilement
trouver du travail, 50 % des jeunes sont au chômage.
Heureusement, les chinois ont tout prévu pour les occuper : disco, cigarettes
pas chères, alcool subventionné
En plus au pays de l'oxygène
rare, les clopes durent plus longtemps : 15 minutes contre 5 en France. Si vous
voulez faire des économies de clopes, allez fumer au Tibet et amenez
des capotes.
Une responsable de l'agence de voyage " Nouvelles Frontières "
m'a dit : " on n'a pas besoin d'accompagnateurs comme toi qui savent ce
qui se passe là-bas ". Ils préfèrent envoyer des bufs
humains qui passent et ne comprennent rien.
Les montagnes sacrées
(
) Le Dalaï Lama n'encourage pas l'hymalayisme. Tous les sommets
sont sacrés.
On ne peut pas aller au Tibet comme on va à la mer Méditerranée.
J'ai un ami qui escalade des 8000 m mais qui regarde aussi les vallées
qui précèdent ces 8000 m. Il amène ses amis avec lui pour
partager . Même si certaines montagnes ne lui offrent pas le plaisir de
les caresser au sommet, il les respecte et surtout respecte les tibétains.
Le respect d'un peuple
Le guide du routard a une section droits de l'homme au début de chaque
ouvrage. Eux ils ont compris. Pas les touristes qui arpentent le Jokhang en
short. Heureusement , je fais partie de la police de Lhassa, je veille. Les
tibétains avouent que c'est un manque de respect de porter un short à
Lhassa. Ecoutez-les et partez. Partez et emmenez les Chinois avec vous. Revenez
quand vous aurez compris. Et quand vous reviendrez, allez tourner autour du
Kailash avec M.Y. Il vit là-bas, il connaît le Kailash. Il vous
accompagnera , moi aussi d'ailleurs.
Les temples et les monastères
J'ai arpenté pour la première fois les escaliers et les couloirs
ombrés du Potala pour aider un moine qui souffrait d'épistasie.
Il saignait du nez car les chinois avaient organisé une course du bas
du Potala au sommet. Le premier gagnait un thermos. Mon "patient"
n'avait terminé que 3ème. Il a gagné une consultation en
échange d'une entrée gratuite au Potala.
Le parti communiste athée jusqu'à la moelle après avoir
emprisonné Nyma, le vrai Panchen Lama, un enfant de 6 ans, a transformé
tous les monastères en unités de travail. Chaque établissement
est donc surmonté d'un terrible drapeau rouge sang qui marque, menace,
intimide, rabaisse les moines et les nonnes du Tibet. On entre dans ces lieux
sacrés en passant près d'une plaque dorée qui explique
certainement que l'on pénètre dans tel ou telle unité de
travail, et qu'on doit cesser de prier le dimanche, qu'ils doivent planter des
arbres comme tout le monde, faire de l'exercice, payer des taxes et obéir
au parti.
Sur 100 moines, 50 sont espions, 30 des enfants sans aucune connaissance et
20 sont des vieux résistants
(
)
Les missionnaires et la reconversion
Au Tibet, il y a 20 missionnaires. Ils sont américains. Il y a aussi
une danoise. Ils traduisent la bible en tibétain. Ils enseignent l'anglais
à travers la bible. L'un de leur dossier dit : " and now it is time
for Tibet " (et maintenant c'est le tour du Tibet
)
(
) Ils enseignent l'anglais à l'université de Lhassa. Ils
jouent de la guitare à Noël et à Pâques à la
gloire de Dieu et de Jésus. 2 enfants, fils de missionnaires ont vu une
tanka d'un bouddha. Ils sont partis en courant en disant " c'est le diable
".
construction / reconstruction
En 2001, tout le vieux village de Lhassa aura disparu. Ils rasent tout. Lhassa
est une grande ville chinoise.
(
)
Tous les noms des rues de Lhassa ont étés sinisés. Je suis
passé à Eastern Liberation Road. La route de la libération
de l'Est.
Il y avait une route qui s'appelait route de la joie(happy road). Elle s'appelle
aujourd'hui route de Pékin.
Le Chaos
Le Tibet est une immense prison grande comme l'Europe occidentale. C'est à
mon avis, et cet avis est partagé par des tibétains, une poudrière.
Les gens n'en peuvent plus ; ils sont au bord du soulèvement. Je vous
rappelle qu'il y a déjà eu 1 200 000 morts.
(
)
L'université est contrôlée.
La télé et contrôlée.
Les belles nomades de l'Amdo sont forcées de chanter en chinois.
On mélange, on divise, on sème le trouble, on abrutit, on sinise.
Les moines prisonniers doivent chanter l'hymne chinois chaque semaine pendant
la montée du drapeau rouge sang...
Ils se révoltent, on les tue.
Les touristes ne voient rien.
Un drapeau tibétain au Tibet = au moins 12 ans de prison.
Je n'ai pas pu sortir de prison, pardon ... du Tibet , à cause d'une
tempête de neige.
Un mois plus tard j'apprenais que pendant cette tempête, six tibétains
âgés de trois à seize ans avaient péri morts de froid
à 5600 m d'altitude. Au Nangpa la, à la frontières tibéto
-népalaise.
Leur parents savaient qu'ils avaient peu de chance de les retrouver une fois
au Népal ou en Inde.
Ils ne les retrouveront jamais. Ils espéraient que leurs enfants recevraient
une éducation tibétaine derrière l'Himalaya. C'est loupé.
Les survivants de cette tragédie ont été amputés.
Soixante dix guides touristiques tibétains ont été expulsés
de leur agence de tourisme du jour au lendemain.
A la place les Chinois mettent des guides chinois.
97% des tibétains en ont ras le bol.
Cela fait quatre mois que je suis rentré et je m'aperçois à
quel point les gens ne savent pas ce qu'il se passe vraiment là-haut.
Même à des niveaux élevés de responsabilité
au sein du gouvernement tibétain de la région "autonome"
du Tibet les gens en ont marre. Mais ils doivent collaborer pour rester en vie.
Pendant deux ans et demi je n'ai vu que destruction du vieux Lhassa. Les chinois
remplacent les vieilles maisons tibétaines par d'horribles immeubles
avec sanitaires et points d'eau tout aussi déplorables.
La spéculation immobilière bat son plein.
( )
Ils nous ont aussi volé notre ciel bleu à Lhassa. Depuis 1997,
il est pollué.
Et si le Tibet n'était plus éternel ?
4 mois après avoir quitté le Tibet j'ai réalisé
que je sortais de l'enfer, toute ma vie je me battrai pour le Tibet, je n'abandonnerai
jamais, jamais.