Nous partons pour Sakya ce matin. Cette ville était autrefois le siège
d'un autre pouvoir que
celui du Dalaï Lama au Tibet. Les villages sous l'autorité de ce " royaume
" se distinguent par les 3 bandes rouge, bleue et blanche peintes verticalement
sur les maisons. Il y a aussi un monastère
et un fort à Sakya (Dzong) que nous projetons de visiter. Le temps n'est
pas très beau et renforce notre surprise à l'arrivée à Sakya : toutes
les maisons sont peintes en bleu gris anthracite avec 2 bandes rouge
et blanche sur les façades.
Cette ville n'a rien à voir avec les autres, blanches ou couleur terre,
du Tibet . Elle semble sombre et triste. Kerstin, Werner et Hartmund
veulent visiter le fort. Christophe et moi préférons nous promener dans
le village. A l'arrière,
il y a d'autres maisons et des petits champs entourés de murs de pierres
ou les gens finissent les moissons en séparant
la paille à la fourche puis les grains
au tamis. Là encore, nous avons un grand succès
avec notre appareil photo et notre caméra qui passent d'œil en œil,
écopant à chaque fois d'une caresse pleine de terre !
Je fais un portrait d'un petit garçon
portant une casquette de la coupe du monde de football ! Même ici ,
qui semble être à des milliers de kilomètres du reste de la terre, la
coupe du monde a eu son influence !
Nous ne pouvons pas nous attarder très longtemps car
nous devons rejoindre Shegar ce soir pour y passer la nuit. Juste avant
d'entrer dans la ville, il y a un " check point " militaire, réputé
pour être le plus intolérant de toute la " Friendship highway " . Je
le sais maintenant, mais à l'aller, je n'ai pas hésité à prendre le
risque de filmer quelques plans. Si j'avais su que des touristes se
sont fait confisquer leur matériel et leurs pellicules à ce même point
de contrôle, pour avoir tenté de prendre des images, j'aurais certainement
évité de le faire, comme aujourd'hui !
Ici, nous devons montrer patte blanche, c'est-à-dire faire examiner
nos passeports et notre " travel permit " de groupe. Nous passons finalement
sans encombres et pouvons songer à l'hôtel où nous devrions arriver
dans quelques dizaines de minutes…
Il est tard , la nuit est déjà tombée sur les montagnes. Nous trouvons
tout de même facilement l'hôtel que nous avons repéré sur notre guide
pour son bon rapport qualité / prix. Mais, à peine avons nous stoppé
la voiture devant la maison qu'un attroupement se forme autour de nous.
Visiblement, il y a un problème : plusieurs tibétains expliquent quelque
chose au chauffeur qui nous fait comprendre par des gestes qu'on ne
peut pas rester là, il faut aller à l'hôtel officiel Quomolungma
(Everest) qui, selon notre guide, pratique des prix exorbitants. Nous
réussissons à nous expliquer avec une jeune fille parlant l'anglais
mais qui, plus que tous, insiste pour nous dissuader avec tous les prétextes
possibles : " il n'y a plus de place ici ", puis " ce n'est pas un hôtel
" etc. Pendant ce temps, Hartmund est descendu de la voiture pour en
avoir le cœur net. Il revient en affirmant qu'il y a des chambres vides
pour 20 yuans le lit ! Alors, les tibétains (ou les chinois,
on ne voit pas bien dans le noir) nous affirment que l'on pourra avoir
le même prix à l'autre hôtel.
Puisque apparemment, c'est du détournement organisé par les autorités,
nous n'avons pas d'autre choix que d'aller voir ce fameux " Quomolungma
"…
Dans le hall d'entrée, nous apercevons la plaque dorée
indiquant qu'il s'agit d'un bâtiment homologué par l'état. La décoration
fait croire à un hôtel de luxe mais nous ne sommes pas dupes : nous
savons bien que derrière, les chambres seront des taudis, comme partout…
Nous ne sommes pas non plus surpris d'apprendre que le lit, en dortoir
est à 50 yuans ! Mais nous ne voulons pas accepter cela. Aidés de notre
chauffeur, nous réussissons à faire baisser le prix de moitié ; mais
nous sommes priés de ne pas le faire savoir aux autres touristes de
l'hôtel. Ce n'est pas l'envie qui nous en manque mais ils sont déjà
dans leurs chambres. Nous rejoignons à notre tour nos appartements.
Pour cela, nous traversons le débarras des cuisines puis une grande
cour où rodent quelques chiens et arrivons dans une chambre où sont
avachis tout un tas de chinois en train de discuter sur les lits. Ils
sont priés de sortir et nous pouvons nous installer ! Quant aux toilettes.…
il vaut mieux préférer un coin sombre de la cour que de se hasarder
à trouver un trou avec une porte quelque part !