Nous sommes prêts à prendre le taxi. Abdoul nous a apporté notre dernier petit déjeuner. Cha et Tundup nous attendent à côté de la voiture. Nos sacs sont déjà dans le coffre. Les " au revoir " sont tristes mais nous nous promettons de nous revoir. Abdoul monte avec nous dans le taxi pour descendre jusqu'à l'aéroport. Nous n'avons pas revu Tsespal. Nous entrons dans le hall d'enregistrement des bagages. C'est à Abdoul de nous faire ses adieux. Nous lui souhaitons un bel avenir avec l'EDES et beaucoup d'espoir pour sa situation familiale.
Nous faisons la queue au comptoir d'embarquement. On n'est jamais réellement sûr de partir avec ce genre d'avion. Nous avons un billet confirmé mais il peut être annulé parce que des personnes plus importantes ont des priorités ou parce que le poids maximal est atteint avec les bagages. Pour décoller à 3500m d'altitude, ils doivent être très rigoureux sur le poids de l'avion car la portance de l'air est beaucoup plus faible qu'en plaine. Soudain, quelqu'un nous appelle, c'est Tsespal. Il arrive de son village pour nous voir. Il nous aide à nous faire enregistrer en priorité au comptoir. Ca y est, cette fois, nous avons notre billet d'embarquement. Les adieux sont pathétiques. Nous ne nous attardons pas. Nous passons de l'autre côté, cette fois nous sommes bel et bien partis.
Au comptoir de vérification des bagages à main, on nous vide tous nos sacs et on met même notre ordinateur en marche pour s'assurer que c'est bien un vrai. Ils confisquent toutes les batteries car, paraît-il, on peut faire des bombes avec … C'est un français qui nous dit ça. Visiblement, il a l'habitude de cette fouille plutôt pointue.
Nous faisons plus ample connaissance avec lui en attendant d'embarquer dans l'avion. Il est dentiste et vient régulièrement au Ladakh et au Zanskar pour faire des interventions humanitaires. Après ce que nous avons vu chez les nomades, nous savons combien son rôle est important pour éduquer ces peuples à une nouvelle hygiène dentaire, rendue nécessaire à cause des nouveaux aliments qu'ils consomment. Cela fait cinq ans maintenant qu'il visite la région tous les ans, pendant plusieurs mois parfois. Il connaît bien le Zanskar qui est encore plus isolé que le Ladakh. L'hiver y est très difficile mais il permet à ses habitants de rejoindre les autres vallées par les rivières gelées. Cela constitue de grandes expéditions, surtout pour les enfants qui profitent aussi de cette période, qui correspond aux vacances scolaires, pour rentrer dans leur famille.
L'avion va bientôt partir, le ciel est d'un bleu profond. Le décollage est très impressionnant : l'avion s'élève, s'élève encore et s'engage en direction de la barrière de montagnes. Nous ne sommes pas vraiment beaucoup plus haut qu'elles. Nous pouvons aisément voir ce qui se passe dans les vallées. On se rend compte de la différence de climat qu'il y a d'un versant à l'autre : les montagnes sont toutes enneigées d'un seul côté, alors que de l'autre, c'est un désert de roches.
Le vol n'est pas très long jusqu'à Delhi : une heure environ. On se rend compte en arrivant aux abords de cette ville combien elle est polluée. Pour amorcer sa descente, l'avion s'engouffre dans un épais brouillard. Lorsque nous atterrissons, le ciel a gardé une couleur délavée. Pourtant, il fait beau : ce ne sont pas des nuages mais de la brume de gaz divers qui voile le soleil.
Nous avions prévu qu'il ferait très chaud ici. Nous ne nous sommes pas trop couverts mais il nous faut tout de même quitter nos vestes. La température semble plus supportable que les dernières fois et après avoir récupéré nos bagages, nous sommes prêts à affronter les chasseurs de touristes… Nous choisissons un rickshaw qui nous dit fonctionner au compteur. Incroyable, je croyais qu'ils étaient tous bloqués dans cette ville ! Mais nous nous rendons vite compte en réalité que le compteur est dans sa tête et qu'il veut nous faire payer 500 roupies pour regagner le centre ville ! Un taxi, c'est 250 ! Avec le rickshaw, nous ne devrions pas payer plus de 100 Roupies ! C'est reparti, il faut de nouveau se battre pour ne pas se faire avoir à chaque fait et geste. Nous lui ordonnons de nous arrêter sur le bord de la route. Nous n'attendons pas longtemps un nouveau rickshaw plus honnête.
Aussitôt installés dans un hôtel que nous avons réservé à l'avance cette fois et où les singes s'amusent sur la terrasse, nous nous rendons à Air India pour savoir si nous pouvons avancer notre retour. Rester à Delhi ne nous enchante pas du tout. A présent que nous avons quitté les montagnes, nous avons envie de retrouver la France. A notre grande surprise et satisfaction, nous n'avons aucun problème pour modifier notre billet sans frais. Nous n'avons qu'à choisir notre vol en fonction des places libres. Nous pouvons décoller après-demain.
Je pensais partir d'Inde sans avoir vu d'éléphants. Je trouvais ça normal finalement compte tenu que nous sommes restés au nord du pays et que nous n'avons pas vraiment visité la jungle. Je n'en crois pas mes yeux lorsque j'aperçois, sur le boulevard, deux énormes éléphants maquillés et décorés comme dans les dessins animés ! Ils sont montés par des indiens et circulent sur la route à côté des voitures et des rickshaws ! Ils sont magnifiques et fiers, très impressionnants ! Malheureusement, nous ne pourrons pas vous les montrer, l’appareil photo n’était pas prêt ! Ce sont de ces images qui n’existent que dans le souvenir du voyageur ! C'est une belle vision avant de quitter cette ville qui nous a tant choqués le premier jour où nous l'avons découverte.
C'est donc ici que s'achève notre voyage. Nous allons maintenant travailler à monter un film dont le sujet principal sera les réfugiés tibétains : les raisons de leur fuite, leur culture et leur vie au Ladakh. Il va nous falloir digérer tout ce que nous avons vécu, prendre en compte vos remarques et vos commentaires, ce qui vous a intéressé, les questions que vous vous êtes posées vous aussi. L'espace d'expression reste ouvert bien sûr et nous avons encore à vous montrer les vidéos que nous vous avions promises. Nous vous tiendrons au courant de la suite de cette aventure et du DVD vidéo qui verra aussi le jour dans quelques mois.
Nous vous donnons également rendez-vous pour de nouveaux voyages à la découverte d'autres peuples dont la culture est menacée de disparition. Vous pouvez nous suggérer des pays que vous aimeriez connaître par notre intermédiaire. Nous sommes intéressés à rencontrer les amérindiens, les inuits, les maoris, les bédouins… mais nous ne savons pas encore quelle sera notre prochaine destination.
Nous vous remercions d'avoir fait ce voyage avec nous et espérons bien vous compter parmi nos compagnons pour de nouvelles aventures.
A bientôt,
Céline et Christophe.